Les Nouveaux P'tits Romans

LA COLLECTION
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Ma mère m’attend, quelque part. Elle a posé ses verres, son livre. Elle est lasse mais tout de même a la force de mettre quelques bûches dans la cheminée. Elle s’est rassise, sans rien voir de la mort qui la saisissait.

C’est ainsi qu’il faut mourir.

J’ai retrouvé dans le grenier des photos usées par l’oubli. Des livres d’histoire, mes cahiers d’écolier. Deux téléphones, un de mes premiers ordinateurs. Des souvenirs que maman a soigneusement choisis et rangés dans un coffre, .

Je m’amuse un peu, riant de mon air bête d’écolier, plus tard de mon air renfrogné d’adolescent révolté. Je prends un téléphone, instinctivement je fais tourner le cadran en composant le numéro, pour dire que je vais bien, que je suis heureux, qu’il n’y a pas à s’en faire, sans m’enquérir de son bien être. Ma mère m’a tant habitué à me préoccuper de moi.

Aujourd’hui,  j'imagine lui demander comment elle va, pour les rares fois où je l’ai fait.

 

« Bien sur que je vais bien, mais toi mon fils, es-tu heureux ? »

Je m’énerve un peu:

« Comment ça tu vas bien ? N’as-tu pas de tristesse, d’angoisse, de problème, ne puis-je rien faire pour toi jamais ? ».

« Pourquoi voudrais-tu que je sois triste ? ».

« Je crois je n’ai pas toujours été très gentil avec toi »

C’est vrai. Toutes mes colères injustes remontent d’un coup. Mes batailles pour me détacher d’elle.

« Tu te trompes, je suis fière de toi »

« Mais tu ne te sens pas seule, sans moi ? »

"Pourquoi les enfants pensent-ils que, lorsqu’ils sont partis, les mères sont désemparées ?  J’ai tant de choses à faire, tu sais ? ».

 

Je sais ce que je cherche dans cet endroit poussiéreux, je cherche ma place.

Suis-je encore un fils si je n’ai plus mon père, si je n’ai plus ma mère, suis-je encore un fils?

Son fauteuil est là. Combien de temps la verrai-je, tranquille dans une lecture ou inspirée par le feu de la cheminée ? Jusqu’à quand sentirai-je mes derniers baisers sur son front, ses gras baisers sur mes joues. Ses mains usées qu’elle passe dans mes cheveux.

 

Et maintenant, que je veux lui dire tant de choses, je dis seulement :

 

« Je vais bien maman, je suis heureux ».

 

 

Nathalie Bessonnet.

 

 

 

 

 

 

JE VAIS BIEN, JE SUIS HEUREUX