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Matinales

 

Ô joie des débuts ! Où rien n’existe que cette union, où tout est partage, tout est confondu. Grands sont les espoirs pour ce voyage à deux. Et qu’importe la destination, de chaque matin naît un autre matin. Où la laideur ? Où la guerre ? L’injustice, le froid, la faim ? Tout est beauté, tout est possible. Quoi le monde ? Le monde c’est nous ! Le monde est amour ! Ô joie d’être la femme infiniment respectée ! Vers elle tout se tend, qui les regards tendres, qui les offrandes, car elle est aimée.

Au commencement est l’amour. Et un horizon se profile de possibles joyaux.

Deux éphémères perfections marchent sur un temps, en palpent l’air et s’éternisent dans cet instant. Le reflet de l’absolu amour d’elle, de lui.

Au commencement est l’amour, et la peur de perdre la seconde avec elle, avec lui. Mais la jouissance aussi dans cette peur. L’excitation aussi dans cette absence interminable. Une absence encore délicieusement meurtrière.

 

Plus tard, désirée cette absence, salvatrice pour mieux se confondre.

 

Au prolongement est l’acte, imparfait, si beau, où l’effleurement seul emporte au firmament, où deux corps se tendent, sursautent, s’embrassent violement, passionnément s’absorbent.Et puis vient la chose dégoûtante, le travail d’aimer. La vie en face. Les bruits agaçants, les failles découvertes, les silences ne disent plus rien.Le réveil de l’ange descendu du haut du commencement… Au secours des sentiments ; les souvenirs pressés des débuts. Et puis, la pitié soudain, de l’image qui se corne, dont la couleur se ternit...

 

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  "Merci maman" Nouvelle de Nathalie Bessonnet.

 

Mariane a grandi livrée à elle même, aux côtés d'un couple qui ne se dit plus rien, un père absent souvent pour ses affaires et une mère invisible la plupart du temps, en pleine libération sexuelle qui "élève" sa fille -inconsciemment ou pas - dans l'austérité sentimentale.

Mariane parviendra t-elle à déjouer les plans d'un avenir tracé, dénué d'amour  que sa mère aurait bâti pour elle?  

 

NPR.

Carte postale

Une nouvelle de Nathalie Bessonnet

 

"les souvenirs sont des cartes postales que l'on envoie à soi même" N.B

C'est donc un joli souvenir que le narrateur nous envoie, un bel hommage à sa mère, peut-être y retrouverez vous la votre. 

 

NPR.

http://www.nouveaux-ptits-romans.net

 

   ...    J’ai été ce jeune élève qui ne comprenait pas pourquoi il fallait qu’on l’enferme pour lui apprendre les mathématiques, la grammaire et les sciences naturelles. Sans passion aucune pour mon maître et ce qu’il enseignait ; mes journées s’emplissaient de rêves d’évasions. Je ne détachais pas mon regard de la fenêtre. Dans la cour s’éparpillaient quatre îlots de terre, de chacun d’entre eux s’arrachait un marronnier qui d’année en année jetait une ombre plus gigantesque. Mon irrésistible fascination pour le monde du dehors n’était pas du goût de mon professeur. Tandis que tous les morceaux de craies blanches qu’il balançait pour attirer mon attention, amusant mes camarades, ne faisaient rien qu’attiser mes résistances. Je sentais mon corps tout entier enfler d’un courage insolent, car enfin je ne dérangeais personne, il s’agissait de m’oublier ! Sans un mot mais dans un silence plein du ton de l’arrogance, je regardais le maître droit dans les yeux, je ne pouvais ni empêcher ni contrôler ce petit sourire en coin que j’esquissais.

Je n’attendais qu’un mot, le savait-il ? Car il le prononçait : « DEHORS !».


     Dehors, tout était beau, compréhensible et me parlait. J’avais pour l’automne un attachement particulier. J’aimais tournoyer dans la cour, sous la pure eau du ciel, contempler les feuilles rousses qui virevoltaient dans l’air puis se posaient sur le parterre, j’aimais le bruit de papier froissé lorsque mes pas soulevaient ce tapis d’ocres d’hiver. Les hauts branchages nus et frisés dessinaient de fines ombres noires et crochues sur le dais blafard, des doigts de sorcière s’agrippaient à la peau du ciel. Mes narines s’emplissaient des milliers d’odeurs des vies et des morts.

     Et là, qui m’empêcherait de plonger mes mains dans la boue, imperceptiblement agitée, d’en maquiller mes joues, mon visage entièrement. J’avais dans la bouche le goût de la terre qui ne se repose jamais. Froid, ravivant, cela semblait rentrer dans ma peau cette terre où tout revient toujours.

     J’aimais l’automne et le mauvais temps, mes bottes et mon capuchon, les flaques d’eau où je me mirais. J’aimais au printemps m’étendre dans l’herbe fraîche, humer l’air, plonger mon visage dans les tout neufs bouquets de senteurs. Je fuyais, l’été, les trop brûlants rayons du soleil qui faisaient ressembler mes tâches de rousseur à des oriflammes.../

des extraits 

à lire et... à écouter!

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